Les femmes étaient plus représentées à l’époque victorienne qu’aujourd’hui dans la littérature anglophone

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Les femmes étaient plus représentées à l’époque victorienne qu’aujourd’hui dans la littérature anglophone

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Par Ana Benabs, 20 février 2018

En comparant plus de deux siècles de littérature anglophone, des chercheurs se sont rendus compte que la place des femmes avait considérablement diminué dans le 5e art depuis l’époque victorienne.

Une étude réalisée par Ted Underwood, professeur d’anglais à l’Université d’Illinois, David Bamman, scientifique de l’information de l’Université de Californie et Sabrina Lee, étudiante de l’Unviersité d’Illinoi, révèle que les femmes sont de moins en moins visibles dans la littérature anglophone depuis l’époque victorienne. Qu’il s’agisse de la fiction ou de la réalité, le féminin sous toutes ses formes se voit doucement décliner au profit du genre opposé.

Pour cette étude publiée dans le Journal of Cultural Analytics, l’équipe de chercheurs a analysé à l’aide d’un algorithme plus de 104 000 ouvrages anglophones issus de la librairie HathiTrust et du Chicago Novel Corpus, rédigés entre 1780 et 2007. Ainsi, plusieurs constats ont pu être établis : les femmes sont de moins en moins auteures, par exemple. Entre 1800 et 1970, la proportion d’écrivaines passe de 50 % à moins de 25 %. Une découverte qui surprend les scientifiques, plutôt préparés à “constater les effets de la première vague féministe de l’époque”. Malgré une légère hausse depuis les années 2000, l’équilibre hommes-femmes n’est toujours pas atteint.

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Le pourcentage de livres écrits par des femmes au cours du temps. (Journal of Cultual Analytic)

Entre 1800 et 1970 toujours, les femmes apparaissent de moins en moins dans les ouvrages, et le nombre de mots utilisés pour les décrire décline lui aussi. En 1800, plus de 40 % des mots d’une œuvre littéraire étaient consacrés à la description des héroïnes mais avec leur disparition progressive, moins de 30 % y sont consacrés tout au long du XXe siècle.

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Le nombre de mots utilisés pour décrire un personnage féminin. (Journal of Cultural Analytic)

Selon les chercheurs, la gentrification de la littérature pourrait être à l’origine de ces baisses significatives. Au milieu du XIXe siècle, écrire ne représentait pas une profession plus noble que ça. Puis soudainement, c’est devenu un travail très désirable, et beaucoup d’hommes se sont lancés dans la rédaction de romans. Alors à cette époque, les femmes se sont tournées vers d’autres registres d’écriture (la poésie, les nouvelles, le non-fictionnel), ayant été évincées par le genre opposé.

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Les ouvrages selon leurs genres écrits par des femmes. (Journal of Cultural Analytics)

Moins de femmes auteures, donc moins de personnages féminins – car oui, l’étude révèle également que les hommes sont bien moins enclins à inventer des héroïnes plutôt que des héros –, tendent vers une littérature dans laquelle la place des femmes “décroît de manière stable depuis 200 ans”, selon les auteurs.

Et quand finalement une femme prend place dans un ouvrage, c’est souvent pour “ressentir”, “sourire” ou “rire” tandis que les hommes “obtiennent”, “grimacent” ou “gloussent”. Côté possession, ils ont des “maisons” ou des “pays” et elles ont leurs “quartiers” ou des “chambres”. Des inégalités qui sont malheureusement toujours d’actualité à notre époque, dans divers domaines de l’art et de la culture.

 

Source : Mashable France24