Par Agence France-Presse, 8 février 2018

Un chef-d’œuvre disparu depuis plus de 40 ans sera mis en vente le 28 février après avoir été retrouvé dans un appartement de Londres.

surnommée « Tutu », peint en 1974 par l’artiste nigérian Ben Enwonwu, sera mis sur le marché par la maison d’enchères Bonhams. La vente de cette « icône nationale » sera retransmise en direct à Lagos, la plus grande ville du Nigeria, pour permettre aux acheteurs potentiels de se manifester.

Nigerian author Ben Okri poses with a work of art by Nigerian painter and sculptor Ben Enwonwu entitled 'Tutu' expected to realise 200,000-300,000 GBP (278000-417,000 USD) at auction in Bonhams auction house London on February 7, 2018. Tutu, a recently rediscovered portrait of the Ife royal princess Adetutu Ademiluyi painted in 1974 by the Nigerian artist Ben Enwonwu, leads Bonhams Africa Now sale in London on February 28. The painting, one of a series of three versions, once thought lost came to light after having gone unseen for decades in a north London flat. The whereabouts of the other two versions remains a mystery. / AFP PHOTO / BEN STANSALL / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY MENTION OF THE ARTIST UPON PUBLICATION - TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION

Ben Okri (Photo: CBC)

« Je la considère comme la Mona Lisa africaine », dit le romancier nigérian Ben Okri, lauréat du Booker Prize, à propos de ce portrait perdu de vue après avoir été exposé pour la dernière fois en 1975.

 

«Depuis 40 ans, c’est une peinture légendaire. Tout le monde en parle, se demande où est ‘Tutu’.»
Ben Okri, romancier nigérian

 

L’artiste « n’a pas simplement représenté la jeune fille, il a représenté toute la tradition. C’est un symbole d’espoir et de régénération au Nigeria, le symbole du phénix renaissant de ses cendres », ajoute Ben Okri.

Posséder un chef-d’œuvre sans le savoir

Ben Enwonwu a peint trois versions de Tutu, mais les trois tableaux avaient disparu jusqu’à ce que l’un d’eux soit retrouvé par Giles Peppiatt, directeur de l’art moderne africain chez Bonhams. Des particuliers l’avaient contacté après le succès de ventes d’art nigérian.

« Je suis entré dans cet appartement londonien et je l’ai vu accroché au mur. C’était à peu près la dernière chose que je m’attendais à voir », raconte Giles Peppiatt.

 

«Dès que je l’ai vu, j’ai su qu’il était authentique, mais je ne pouvais pas le dire aux propriétaires parce que vous ne pouvez pas sortir ça comme ça.»
Giles Peppiatt, directeur de l’art moderne africain chez Bonhams

 

Une fois la découverte authentifiée, la famille, « sans surprise, a été assez stupéfaite ».

Le portrait, exposé pour la dernière fois à l’ambassade d’Italie à Lagos en 1975, avait été acheté par le père de famille lors d’un voyage d’affaires.

Un symbole de réconciliation

Les tableaux de Tutu sont devenus des symboles de paix après la guerre civile au Nigeria à la fin des années 1960.

« Le modèle est Yoruba et Ben Enwonwu était Ibo, donc ils étaient issus de différentes ethnies », souligne Eliza Sawyer, spécialiste au département d’art africain de Bonhams. « C’était un symbole important de réconciliation », ajoute-t-elle.

Enwonwu était tombé par hasard sur la plus célèbre de ses muses. « Il faisait le tour des villages et dessinait des scènes et des personnages locaux, et il a rencontré cette jeune femme et a demandé de la peindre, pensant lui faire plaisir, ne connaissant pas son statut », raconte Eliza Sawyer.

 

«C’était le sommet de la carrière de l’artiste, le modèle était une princesse et la peinture a été perdue, tout cela crée énormément de mystère.»
Eliza Sawyer, spécialiste au département d’art africain de Bonhams

 

Le tableau est estimé entre 200 000 et 300 000 livres (de 350 000 à 525 000 dollars canadiens).

Mais pour le romancier Ben Okri, sa valeur est plus que financière. « Ça nous donne un aperçu d’une importante recomposition africaine de l’art du portrait ».

Cela va « lancer un débat », estime-t-il. Les peintres africains n’ont « jamais eu » l’attention méritée, « c’est l’oeuvre parfaite pour commencer » à se demander pourquoi.

 

Source : Radio-Canada

February 9, 2018
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